e-Gov levier de rénovation de la gouvernance territoriale
(Article présenté à l'occasion de la 3ème édition du forum annuel de l’Administration électronique tenue le13 juin 2007 à Casablanca)
La participation à cette importante rencontre me procure un plaisir particulie Si cette globalisation est porteuse de nombre d’atouts, elle lance par contre de nouveaux défis aux différents niveaux territoriaux, qu’il s’agisse des nations, des régions, des communes mais aussi des contrées les plus reculées. En effet, la mondialisation en contribuant à l’homogénéisation des besoins et des aspirations à l’échelle planétaire appelle à l’amélioration de la qualité des produits et des prestations fournies aux consommateurs de plus en plus exigeants, en abolissant les frontières géographiques elle ouvre des perspectives de développement prouvées pour les territoires qui parviennent à capter l’investissement international, et en bouleversant continuellement les donnes elle suggère de nouveaux modes de gestion et de planification. Par ces multiples effets, la mondialisation lance tout simplement un défi majeur, celui de la compétitivité territoriale ; compétitivité où la maîtrise de l’information est devenue un leitmotiv. D’aucuns diront, à ce titre, qu’au clivage qui distinguait les pays riches des pays pauvres, va se substituer ou se superposer un autre clivage qui opposera les « inforiches » aux « infopauvres ». Il ne s’agit pas là, fort heureusement, d’une fatalité ; les pays et les territoires qui ont su tirer profit des technologies de l’information ont pris d’énormes raccourcis en termes de développement. Aussi les technologies de l’information constituent t-elles des leviers de développement et de rénovation de la gouvernance territoriale ; gouvernance qui se veut fondée sur une vision prospective et un pilotage stratégique à la recherche d’une compétitivité territoriale. 2- Préoccupations de gouvernance territoriale. De nos jours la réussite des territoires se joue fondamentalement sur le terrain des progrès enregistrés en matière de gouvernance. Dans ce cadre, la formalisation d’une vision du développement territorial qui se veut participatif et la construction de « projets de territoires gagnants », fruit d’une concertation avec les acteurs concernés, sont deux phases cruciales de mobilisation des partenaires, de croisement des débats, et de conduite de diagnostics en termes de forces et faiblesses, d’opportunités et menaces. L’amélioration de la gouvernance appelle aussi le perfectionnement des outils de pilotage et d’aide à la prise de décisions, destinés à mesurer les progrès accomplis et le degrés de satisfaction des usagers, repérer les déficiences éventuelles, scruter les évolutions qui sont de nature à impacter les choix arrêtés ou la pertinence des programmes fixés ; exercice combien nécessaire pour opérer les ajustements stratégiques et repositionner continuellement les territoires pour une valorisation appropriée de leurs atouts compétitifs. Ce sont là les ingrédients d’une bonne gouvernance qui permet au territoire de remplir sa fonction de lieu de cohésion sociale, de fourniture de services aux usagers, et d’espace de création de richesses et de captage des revenus externes entendu en tant que facteur de succès, comme l’enseigne d’ailleurs la théorie de la base économique.
r ; le plaisir de contribuer aux réflexions relatives à une thématique dont l’importance n’est plus à démontrer notamment dans un monde en pleines mutations où la mondialisation, que certains caractérisaient de mythe il y a quelques années, est désormais un vécu et une réalité.
3- Rôle de l’e-Gov dans la rénovation de la gouvernance.
Vision, projet de territoire, diagnostic participatif, outils de pilotage, services en ligne, veille stratégique et marketing territorial, sont autant d’ingrédients à réunir pour renforcer la compétitivité des territoires et pour les mettre sur la voie de la prospérité.
Ces sont là aussi les différentes dimensions retenues pour appréhender le rôle de l’e-Gov en matière de rénovation de la gouvernance dont dépendra, à l’avenir, l’essor des territoires.
a. Système d’information territorial.
Dans ce cadre, les systèmes d’information territoriaux sont des supports dont le concours est indéniable dans l’effort de construction de visions de développement, de négociations avec les acteurs, et d’aide à la prise de décisions. Deux grandes familles d’outils sont généralement recommandées dans ce domaine : les Systèmes d’Information Géographique et les outils collaboratifs de suivi, d’évaluation et de partage de l’information.
i. Système d’Information Géographique.
En effet, les S.I.G sont de véritables outils de connaissance des territoires, d’analyse spatiale multicritère, et d’intégration des acteurs dans le processus de décision. Leur rôle dans les négociations est avéré. Ainsi, en superposant des couches d’informations géo référencées ils fournissent des analyses précieuses et permettent de dégager et enseignements inestimables.
Ces outils apportent également des réponses opérationnelles aux multiples préoccupations de mise en convergence des politiques publiques, d’intégration des programmes, et de mise en cohérence des interventions sur le territoire.
Ainsi, au-delà des analyses multicritères, ils fournissent des informations précieuses pour décider de la vocation du sol, la localisation des activités et des équipements, la gestion des réseaux ou encore la simulation et la gestion des risques.
ii. Outils collaboratifs de suivi et de gestion des services aux usagers.
De même, les systèmes d’information comptent des outils collaboratifs destinés aux décideurs auxquels sont dédiés des dispositifs d’accompagnement de la mise en œuvre des programmes déroulés pour atteindre les objectifs stratégiques poursuivis, qui prennent la forme de tableaux de bord d’information, de suivi et d’évaluation.
Ces outils s’adressent également aux niveaux opérationnels censés constituer le cœur de cible des projets de déploiement de solutions de TI. En effet, la course pour l’occupation d’espaces sur la toile Internet ne doit pas occulter la nécessité de mettre à profit ces technologies au service de l’amélioration des capacités internes de gestion.
De surcroît, réussir le passage des aspects d’information et de communication que remplissent les sites web, aux niveaux d’interactivité et de fourniture de services en ligne ne peut se faire sans le développement de back offices appropriés qui, par construction, imposent une rigueur en terme de gestion des flux d’informations, des circuits de traitement et des niveaux de validation.
Force est de constater que parmi les différentes dimensions de rénovation de la gouvernance territoriale, la fourniture des services aux usagers est aujourd’hui mise en avant, bien qu’elle ne soit pas la seule est unique attente attachée aux TI. Elle est un centre d’intérêt, du fait qu’elle exprime une volonté d’interagir avec les usagers, traduit une plus grande proximité du territoire, et qu’elle est porteuse d’espoirs pour la réalisation des sacro-saintes équité, transparence, et démocratisation de l’accès au savoir.
b. Outils de veille stratégique.
Dès lors que les économies sont ouvertes, que les territoires se livrent à une compétition ardue, la veille stratégique devient un vecteur d’amélioration de la gouvernance et un passage obligé pour le repositionnement concurrentiel des territoires. Elle est censée, à travers une mise à l’écoute de l’environnement, alerter sur les menaces et repérer les nouvelles opportunités et ce pour anticiper les évolutions, réduire les incertitudes, et permettre aux niveaux de pilotage de prendre des décisions éclairées.
Là aussi, les outils de veille stratégique permettent le traitement d’une information éparse et mettent à la disposition des enseignements dont la pertinence dépend amplement de l’aptitude à mobiliser les partenaires et les porteurs de l’information nécessaire à la conduite de cet exercice, mais aussi de l’identification des territoires compétiteurs et du choix des facteurs et des indicateurs à observer.
c. Marketing territorial
Les adeptes de l’intelligence territoriale ne dissocient pas la veille stratégique du marketing territorial qui constitue une grande avancée dans le domaine du management public.
Les cibles des stratégies de communication destinées à promouvoir les territoires ne se cantonnent pas aux seuls investisseurs potentiels, ils s’adressent aussi aux partenaires locaux et aux citoyens d’une manière générale.
C’est à ce titre d’ailleurs que le marketing territorial s’assigne comme objectifs de mobiliser les acteurs, de développer et pérenniser les partenariats, et de construire une image et une notoriété territoriale, et d’augmenter l’attractivité de l’entité en question.
Le développement des centres de ressources et la mobilisation des équipes pluridisciplinaires, à l’image de l’expérience conduite par l’observatoire économique SIRIUS de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Nice, et bien d’autres expériences, dénote de l’efficacité des démarches de promotion des territoires dans lesquelles l’apport de la composante TI est fondamental.
4- La maîtrise de l’information est un préalable à la mise en place de Systèmes d’Informations Locaux.
Pour l’acquisition du savoir faire dans le domaine des TI et le déploiement des programmes au service de la gouvernance territoriale, la mobilisation des ressources humaines et des expertises appropriées, la mutualisation des financements et l’adoption de mesures réglementaires adéquates constituent d’importants vecteurs de réussite. Néanmoins la maîtrise de l’information spatiale demeure sans doute le facteur déterminant qui appelle des investissements lourds en termes de temps et de coûts.
Ainsi, l’observation et le recueil de l’information utile, confirmée et validée, répondant aux besoins exprimés et aux attentes des gestionnaires est effectivement la pièce maîtresse dans la construction de cet édifice, en ce sens que c’est de la capacité à définir des besoins en informations, à les produire et surtout de les partager que dépendra la qualité des enseignements dégagés par les outils TI et par là, la pertinence des décisions qui en découlent.
Il convient à cet égard de souligner le rôle primordial de l’Internet dans le changement des attitudes et des rapports à l’information, et sa forte contribution à la fluidité de sa circulation. C’est ainsi que, de nos jours, détenir l’information n’est plus une fin en soit, c’est plutôt la capacité de s’en servir utilement qui devient l’enjeu primordial.
Notons aussi, que dans la construction des projets SIT, l’approche top-down, bien qu’elle soit nécessaire pour provoquer l’intérêt pour l’usage des TI, sa portée peut s’avérer limitée si elle n’est pas accompagnée de mesures destinées à réaliser la nécessaire appropriation par les échelons locaux des objectifs stratégiques poursuivis, sans laquelle les solutions décidées ailleurs deviennent une contrainte plutôt qu’un centre d’intérêt. C’est pour dire que les projets SIT se construisent en s’appuyant sur une logique de partenariat où le territoire est perçu comme un lieu d’expression des besoins et de définition des priorités, et non en tant que source d’information inerte et consommateur de produits et de solutions TI.
5- Conclusions
En somme, le rôle de l’e-Gov ne se résume pas à la mise en place de simples vitrines d’information et de communication; ramené au territoire il suppose de nouveaux réflexes, provoque de nouvelles attentes qui au-delà de la fourniture de services en ligne, élargissent le spectre d’intervention des TI à d’autres préoccupations de gouvernance territoriale que sont : l’appui à la formalisation des projets territoriaux, la mise à disposition d’outils de connaissance des territoires, de négociation et de mobilisation des acteurs locaux, et la construction de dispositifs de pilotage, d’aide à la prise de décisions, de veille et de marketing territorial.
De même, si dans l’effort de construction des stratégies e-Gov territoriaux la réflexion se veut large, partenariale et participative, les programmes qui en découlent peuvent par contre se déployer progressivement en s’appuyant sur des projets phares permettant de créer l’effet d’annonce et de montrer le chemin. Dans ce cadre, le repérage et la diffusion des bonnes pratiques constituent sans nul doute d’importants catalyseurs de la dynamique de développement des TI.