Gestion des déchets ménagers
Les nouvelles approches de développement en faisant de la préservation de l'environnement leur cheval de bataille ont conduit à la recomposition des priorités, dès lors les questions se rapportant à l'assainissement occupent une place de choix. De surcroît, le contexte de rareté a rendu nécessaire la maîtrise des ressources, et a de ce fait remis en surface les débats sur le mode de gestion du service public de la collecte des déchets. Qu’il s’agisse des chercheurs, des gestionnaires ou des citoyens d’une manière générale, tous sont du même avis pour qualifier la prestation du service de collecte des déchets de médiocrité. La situation est plus alarmante dans les grandes villes qui connaissent une forte pression démographique impliquant un accroissement considérable d'ordures à collecter. Ces villes sont de plus en plus fragilisées par leur taille puisque la courbe d'évolution des ressources ne suit pas celle des besoins appelés à la fois par la densification du parc de logement et par le développement démesuré de l'espace urbain. En effet, le problème des déchets n’a pris de l’ampleur qu’avec l’extension du périmètre urbain et le rythme de croissance démographique élevé. Avant, les villes étaient cantonnées dans un rayon très limité, les cités n'étaient pas trop vastes et les distances pour gagner leurs portes étaient négligeables. Le coût de transport était infime et celui de l'élimination presque nul. Dans certaines villes, l'usage, par les maraîchers, des ordures fraîches comme amendement agricole était une pratique courante. La question est autrement inquiétante aujourd'hui, la population urbaine se développe rapidement et les lieux de décharge sont repoussés aux périphéries des zones urbaines impliquant ainsi un prolongement des distances à parcourir. Pour les communes qui ont la charge de gestion de ce service public local, la rationalisation de la gestion des finances locales, et l’amélioration de la qualité du service proposé constituent les éléments d’une équation difficile à résoudre. Les difficultés financières qu’elles rencontrent les conduisent souvent à privilégier la concession de la gestion du service de collecte des déchets. Une analyse qui limiterait les butoirs de la gestion à l'insuffisance des moyens est très réductrice. En effet, un foisonnement de facteurs se superpose pour composer l'image actuelle de la prestation du service de collecte des déchets. Nombre de communes arguent du gouffre financier provoqué par la gestion des déchets pour privilégier la concession de ce service public. Dans ce dernier mode de gestion la collectivité fait appel à des entreprises privées pour gérer le service, elle se dessaisit d'une partie de ses compétences au bénéfice du privé, tout en conservant la maîtrise d'ouvrage. La collectivité passe un contrat avec un entrepreneur sous forme d'un marché de services : l'entrepreneur s'engage à fournir un certain nombre de prestations du service public. La collectivité s'engage à payer le prix du service qui constitue la rémunération du prestataire du service. Il est paradoxal de constater que face à l’engouement pour la concession s’oppose une quasi absence de réflexions sérieuses ayant pour objet de dégager les butoirs de la gestion. Cette réflexion se propose d’analyser la gestion des déchets pour en identifier et sérier les difficultés. Une telle démarche s’impose pour répondre à l’interrogation suivante : les dysfonctionnements sont-ils intrinsèques à la gestion directe du service public de la collecte des déchets ménagers ou bien y a-t-il des contraintes indépendantes du mode institutionnel et juridique de gestion ? Elle se penche aussi sur l’étude des possibilités de transformation du secteur des déchets en une source de consolidation des ressources locales à la fois par la levée des contraintes liées aux procédés de collecte et par la valorisation des déchets ménagers. La présente communication s’articule autour de trois axes : l’étude de la gestion des ressources et des performances de la collecte, l’examen des limites de la gestion et enfin les conditions d’élimination des déchets. Des illustrations sont données à travers l’étude du cas de la ville de Salé. Devant la faiblesse des moyens les gestionnaires proposent des niveaux de service très inégalitaires. Le rapport de la zone à desservir à la légalité et son assujettissement à la taxe d'édilité sont les principaux facteurs qui entrent en jeu pour déterminer la qualité du service proposé. Dans ce qui suit nous allons présenter les moyens mis à la disposition des services de collecte et déterminer les taux de collecte et les coûts par habitant ainsi que d'autres indicateurs qui permettent de juger de l'équité et de l'efficacité du service la collecte des déchets.